Installation Mememe
Published at exporevue magazine art
vivant et actualité Marie Nipper, traduction Raya
Baudinet-Lindberg, Arhus, Danemark, novembre 2006
Tine Bech, Sam Woolf, Dave Lawrence : Mememe, Århus,
Danemark
Mememe est le fruit de la collaboration entre l'artiste
Danoise domicilié à Londres Tine Bech et les artistes
britaniques Sam Wolf et Dave Lawrence. Leur travaux se
caractérisent par une prédilection pour l'interactivité
et les installations qui explorent la relation entre
œuvres et spectateurs via une combinaison de sons
et de mouvements, de robots et d'objets quotidiens, et
de technologies interactives complexes accordées à une
simplicité visuelle.
L'installation Mememe est basée sur un système de
localisation en temps réel RTLS (Real Time Location
System), un système de pistage utilisé notamment par
l'armée, les hôpitaux et les grands magasins. Quatre
capteurs sont installés pour former un espace
rectangulaire contenant différentes paires de
chaussures que les visiteurs peuvent porter.
Les chaussures sont radio-étiquetées avec une
technologie avancée de RFID (Radio Frequency
identification), un système de pistage qui rapporte à
un ordinateur central le lieu où sont situés les
chaussures.
Chacune des chaussures communique avec un capteur qui
génère un son dépendant de l'endroit où se trouve la
chaussure. Le son est programmé pour changer selon la
vitesse avec laquelle on marche et l'endroit où l'on se
trouve.
Différents sons sont générés dans des zones
différentes, et l'installation vous encourage à jouer
avec le volume et le tempo des sons comme à utiliser
son corps comme un instrument. Chaque paire de
chaussures a son propre son reconnaissable et, comme
indiqué par le titre de l'œuvre, les chaussures
semblent faire tout leur possible pour attirer
l'attention du spectateur : Moi-moi-moi ! (Mememe)
Choisis moi-moi-moi !
En outre, les chaussures réagissent si elles se
trouvent à proximité les unes des autres, ou si on
essaye de quitter la pièce.
Durant le temps de l'exposition, les sons changent au
fur et à mesure selon quatre étapes, de sorte que pour
finir le son émis par toutes les chaussures aura
changé. On peut remarquer cette dimension
supplémentaire du son seulement si on voit
l'installation plusieurs fois. Le son émis par les
chaussures change aussi selon le pas de celui qui les
porte, et selon qu'il parle ou non.
Mememe ne privilégie pas seulement le jeu, c'est aussi
une réflexion sur ce que les technologies sont capables
de faire de meilleur comme de pire.
L'œuvre s'est articulée principalement à partir
d'une pratique quotidienne — celle de porter des
chaussures et de marcher, courir, danser —
Le pistage technologique peut être utilisé dans
certains buts, tandis que pour d'autres il paraît
empiéter sur les libertés individuelles et les droits
civils.
La technologie opère donc selon un continuum entre
l'outil utile et l'instrument de surveillance, et
Mememe critique principalement ce dernier à partir de
l'idée d'une surveillance invisible et du pistage
indécelable que l'on a dénié avoir obtenu de chaque pas
sonore.
Dans la confrontation avec Mememe, vous n'êtes pas un
observateur distant, mais un participant actif et muet,
la surveillance invisible est replacée dans un jeu
sonore de liberté et de mouvement. Cela constitue une
rupture avec un point de vue formaliste selon lequel le
milieu et le contexte ne sont pas spécialement
importants pour l'appréciation esthétique et subjective
de l'art.
Dans le cas de Mememe, c'est précisement la relation
performative entre l'œuvre, le spectateur et
l'espace qui semble être le point de départ de
l'émergence d'une signification. Il s'établit un
dialogue visuel et auditif entre l'œuvre et le
public, une danse entre la technologie l'art et
l'homme.
Mememe propose une critique phénoménologique de l'art
qu'active le corps entier et tous les sens, de façon à
ce que l'œuvre d'art puisse devenir quelque chose
de plus qu'uniquement une expérience visuelle et
intellectuelle.